10 - La peste noire - VIDEO

Collège de France (Histoire)

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Patrice Boucheron Collège de France Année 2020-2021 La peste noire Résumé La recherche des causes de la peste, mais aussi l’expérimentation de remèdes susceptibles de soigner une maladie que l’on considère comme mortelle mais non incurable, met la médecine médiévale à l’épreuve de sa propre rationalité savante. Comment y intégrer cette contagion que l’on observe sans l’expliquer ? La transmission de la maladie est d’abord une métaphore de la contagion des péchés, rendant manifeste le pouvoir de l’imagination : voici pourquoi la compassio médiévale inspire des politiques qui ne sont pas toujours compassionnelles. Sommaire « Mortelle ou mortifère, contagieuse, ardente, cruelle… » : les épithètes de la peste de Maurice de La Porte en 1571 (Véronique Montagne, « Le Discours didascalique sur la peste dans les traités médicaux de la Renaissance : rationaliser et/ou inquiéter », Réforme, Humanisme, Renaissance, 2010) « Aspre, noire, charbonneuse… » : depuis quand la peste est-elle noire ? (Jon Arrizabalaga, « Facing the Black Death: perceptions and reactions of university medical practitioners », dans Roger French, Jon Arrizabalaga, Andrew Cunningham et Luis García-Ballester dir., Practical Medicine from Salerno to the Black Death, Cambridge, 1994) Peste noire et peur bleue en 1832 (Justus Hecker, Der schwarze Tod im vierzehnten Jahrhundert: Nach den Quellen für Ärzte und gebildete Nichtärzte bearbeitet, Berlin, 1832) Du rouge au noir, le mauvais sang de la mélancolie (Marie-Christine Pouchelle, « Les appétits mélancoliques », Médiévales, 1983) Avec le corps pour écran et pour tombeau : diagnostic, pronostic et sémiologie médicale Histoires de la douleur, des premiers symptômes à l’apparition des bubons À la recherche du signum mortis : « le mouvement de la mort n’est pas aussi certain que celui de la vie (Bernard de Godon, Liber pronosticorum, 1295, cité par Danielle Jacquart, « Le Difficile Pronostic de mort (XIVe- XVe siècles) », Médiévales, 2004) La médecine médiévale fut-elle honteuse ? Régimes de rationalités et diversité textuelle des Pestschiften (Karl Sudhoff) Le Traité sur les fièvres pestilentielles et autres formes de fièvres d’Abraham Caslari (Ron Barkai, « Jewish Treatise on the Black Death (1350-1500): A Preliminary Study », dans Roger French, Jon Arrizabalaga, Andrew Cunningham et Luis García-Ballester dir., Medicine from the Black Death to the French Disease, Londres, 1998) ‘Eliyahu ben ‘Avraham à la cour de Sélim 1er à Constantinople et la médicalisation des savoirs politiques sur la peste dans l’Empire ottoman (Nükhet Varlik, Plague and Empire in the Early Modern Mediterranean World. The Ottoman Experience, 1347-1600, Cambridge, 2015) Écrire avant, pendant et après la peste : le manuscrit latin 111227 de la BnF et le Compendium de epidemia de la Faculté de médecine de Paris (Danielle Jacquart, La Médecine médiévale dans le cadre parisien, XIVe-XVe siècle, Paris, 1998) « À la vue des effets dont la cause échappe à la perspicacité des meilleures intelligences, l’esprit humain tombe dans l’étonnement » (Compendium de epidemia, 1348) Les limites de la raison médicale face aux « effets merveilleux » d’une maladie mortelle, mais non incurable La conjonction astrale de 1345, remota causa de la pestilence Recours à l’astrologie et inflexion alchimique du discours médical : une défaite de la raison ? (Nicolas Weill-Parot, « La rationalité médicale à l'épreuve de la peste : médecine, astrologie et magie (1348-1500) », Médiévales, 2004) Du bon usage thérapeutique de la richesse : or potable et pierres précieuses Air vicié, venin et contrepoison (Nicolas Weill-Parot, « Des rationalités en concurrence ? Empirica magiques et médecine scolastique », Anuario de Estudios Medievales, 2013) Ventouser, scarifier, cautériser : l’incision des bubons dans la Grande Chirurgie de Guy de Chauliac (1363) La recette du jeune poulet au croupion déplumé (Jacme d’Agramont, Regiment de preservacio de pestilencia, 1348) Empirica, experimenta ou secreta ? Longévité, obstination et créativité d’une « expérience de papier » (Erik A. Heinrichs, Erik Heinrichs, « The Live Chicken Treatment for Buboes: Trying a Plague Cure in Medieval and Early Modern Europe », Bulletin of the History of Medicine, 2017) « Pourquoi certaines maladies rendent-elles malades ceux qui s’approchent alors que personne n’est guéri par la santé ? » (Problemata, VII, 4) La compassion et le pouvoir de l’imagination (Béatrice Delaurenti, La Contagion des émotions. Compassio, une énigme médiévale, Paris, 2016) Dispositio morbida et forme spécifique, ou comment intégrer l’inexpliqué de la contagion humaine dans le système explicable des humeurs Cette « effrayante maladie qui nous envahit » : Gentile da Foligno, du commentaire du Canon d’Avicenne au Consilia contra pestilentiam (Joël Chandelier, Avicenne et la médecine en Italie. Le Canon dans les universités (1200-1350), Paris, 2017) « Si on nous demande : comment nous en remettre à la théorie de la contagion (da’wa-l-adwa) quand la loi nie cela, nous répondons : l’existence de la contagion est solidement établie par l’expérience, par l’étude, par la perception, par la constatation et par la fréquence des données. Ce sont les éléments de la preuve » (Ibn al-Hatib, Celle qui convainc le poseur de questions sur la maladie terrifiante, 1348, cité par François Clément, « À propos de la Muqni’at al-sa’id d’Ibn al-Hatib sur la peste à Grenade en 1348-1349 », dans Id., dir., Epidemies, épizooties. Des représentations anciennes aux approches actuelles, Rennes, 2017) Médecine arabe et refus des formes magiques de la contagion (Justin Stearns, Infectious ideas. Infectious ideas. Contagion in Premodern Islamic and Christian Thought in the Western Mediterranean, Baltimore, 2011) La souillure, la tâche et l’infection : seuls les péchés sont contagieux (Aurélien Robert, « Contagion morale et transmission des maladies : histoire d’un chiasme (XIIIe-XIXe siècle) », Tracés, 2011) Pourquoi faut-il isoler les lépreux ? Le morbus contagiosus de la maladie et la macule du péché (Maaike van der Lugt, « Les maladies héréditaires dans la pensée scolastique », dans L’Hérédité entre Moyen Âge et époque moderne, Florence, 2008) Pollution, contagion, scandale (Arnaud Fossier, « La contagion des péchés (XIe-XIIIe siècle) », Tracés, 2011) Le mauvais œil, la maladie d’amour et le pouvoir des femmes (Mary F. Wack, Lovesickness in the Middle Ages. The “Viaticum” and Its Commentaries, Philadelphie, 1990) Amour, altération de l’esprit, mélancolie : « La contagion de l’amour s’opère facilement et devient la peste la plus grave de toute » (Marsile Ficin, Commentaire sur le Banquet de Platon, VII, 5, 1469) Girolamo Fracastoro et le De Contagione et contagionis Morbis (1546) : une fausse rupture naturaliste Pharmacie médiévale de la peste et pharmakon « Cette langue qui halète, énorme et grosse, d’abord blanche, puis rouge, puis noire, et comme charbonneuse et fendillée… » (Antonin Artaud, Le Théâtre de la peste, 1938) De la métaphore meurtrière en régime analogique : quand le langage s’affole, la violence peut commencer à s’exercer.
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(Jon Arrizabalaga, « Facing the Black Death: perceptions and reactions of university medical practitioners », dans Roger French, Jon Arrizabalaga, Andrew Cunningham et Luis García-Ballester dir., Practical Medicine from Salerno to the Black Death, Cambridge, 1994) Peste noire et peur bleue en 1832 (Justus Hecker, Der schwarze Tod im vierzehnten Jahrhundert: Nach den Quellen für Ärzte und gebildete Nichtärzte bearbeitet, Berlin, 1832) Du rouge au noir, le mauvais sang de la mélancolie (Marie-Christine Pouchelle, « Les appétits mélancoliques », Médiévales, 1983) Avec le corps pour écran et pour tombeau : diagnostic, pronostic et sémiologie médicale Histoires de la douleur, des premiers symptômes à l’apparition des bubons À la recherche du signum mortis : « le mouvement de la mort n’est pas aussi certain que celui de la vie (Bernard de Godon, Liber pronosticorum, 1295, cité par Danielle Jacquart, « Le Difficile Pronostic de mort (XIVe- XVe siècles) », Médiévales, 2004) La médecine médiévale fut-elle honteuse ? Régimes de rationalités et diversité textuelle des Pestschiften (Karl Sudhoff) Le Traité sur les fièvres pestilentielles et autres formes de fièvres d’Abraham Caslari (Ron Barkai, « Jewish Treatise on the Black Death (1350-1500): A Preliminary Study », dans Roger French, Jon Arrizabalaga, Andrew Cunningham et Luis García-Ballester dir., Medicine from the Black Death to the French Disease, Londres, 1998) ‘Eliyahu ben ‘Avraham à la cour de Sélim 1er à Constantinople et la médicalisation des savoirs politiques sur la peste dans l’Empire ottoman (Nükhet Varlik, Plague and Empire in the Early Modern Mediterranean World. The Ottoman Experience, 1347-1600, Cambridge, 2015) Écrire avant, pendant et après la peste : le manuscrit latin 111227 de la BnF et le Compendium de epidemia de la Faculté de médecine de Paris (Danielle Jacquart, La Médecine médiévale dans le cadre parisien, XIVe-XVe siècle, Paris, 1998) « À la vue des effets dont la cause échappe à la perspicacité des meilleures intelligences, l’esprit humain tombe dans l’étonnement » (Compendium de epidemia, 1348) Les limites de la raison médicale face aux « effets merveilleux » d’une maladie mortelle, mais non incurable La conjonction astrale de 1345, remota causa de la pestilence Recours à l’astrologie et inflexion alchimique du discours médical : une défaite de la raison ? (Nicolas Weill-Parot, « La rationalité médicale à l'épreuve de la peste : médecine, astrologie et magie (1348-1500) », Médiévales, 2004) Du bon usage thérapeutique de la richesse : or potable et pierres précieuses Air vicié, venin et contrepoison (Nicolas Weill-Parot, « Des rationalités en concurrence ? Empirica magiques et médecine scolastique », Anuario de Estudios Medievales, 2013) Ventouser, scarifier, cautériser : l’incision des bubons dans la Grande Chirurgie de Guy de Chauliac (1363) La recette du jeune poulet au croupion déplumé (Jacme d’Agramont, Regiment de preservacio de pestilencia, 1348) Empirica, experimenta ou secreta ? Longévité, obstination et créativité d’une « expérience de papier » (Erik A. Heinrichs, Erik Heinrichs, « The Live Chicken Treatment for Buboes: Trying a Plague Cure in Medieval and Early Modern Europe », Bulletin of the History of Medicine, 2017) « Pourquoi certaines maladies rendent-elles malades ceux qui s’approchent alors que personne n’est guéri par la santé ? » (Problemata, VII, 4) La compassion et le pouvoir de l’imagination (Béatrice Delaurenti, La Contagion des émotions. Compassio, une énigme médiévale, Paris, 2016) Dispositio morbida et forme spécifique, ou comment intégrer l’inexpliqué de la contagion humaine dans le système explicable des humeurs Cette « effrayante maladie qui nous envahit » : Gentile da Foligno, du commentaire du Canon d’Avicenne au Consilia contra pestilentiam (Joël Chandelier, Avicenne et la médecine en Italie. 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Contagion in Premodern Islamic and Christian Thought in the Western Mediterranean, Baltimore, 2011) La souillure, la tâche et l’infection : seuls les péchés sont contagieux (Aurélien Robert, « Contagion morale et transmission des maladies : histoire d’un chiasme (XIIIe-XIXe siècle) », Tracés, 2011) Pourquoi faut-il isoler les lépreux ? Le morbus contagiosus de la maladie et la macule du péché (Maaike van der Lugt, « Les maladies héréditaires dans la pensée scolastique », dans L’Hérédité entre Moyen Âge et époque moderne, Florence, 2008) Pollution, contagion, scandale (Arnaud Fossier, « La contagion des péchés (XIe-XIIIe siècle) », Tracés, 2011) Le mauvais œil, la maladie d’amour et le pouvoir des femmes (Mary F. Wack, Lovesickness in the Middle Ages. 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