03 - La peste noire - VIDEO

Collège de France (Histoire)

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Patrice Boucheron Collège de France Année 2020-2021 La peste noire Résumé Entre fiction littéraire de la fête collective chez Jean Delumeau et fiction politique de la société de peste chez Michel Foucault, la séance interroge la constitution des savoirs historiens sur les épidémies de peste dans les années 1975-1985. Elle pose comme hypothèse que celle-ci est indissociable d’une certaine hantise contemporaine, ramenant le théâtre de la contagion aux structures narratives d’un récit épidémique. Sommaire Festival d’Avignon, cour d’honneur, 9 juillet 1983 : « dans ce palais, il y a eu la peste et la papauté, ensemble, en 1348 » (Jean-Pierre Vincent) « Il y a dans le théâtre comme dans la peste quelque chose à la fois de victorieux et de vengeur (Antonin Artaud, « Le théâtre et la peste », 1938) Comment une société organise-t-elle son indestructibilité ? Microbiologie, environnement, world history : une histoire triplement débordée Voir l’histoire à travers « l’imagination de la vérité du réel » (Goethe) Retour sur la « terrible puanteur des morts » à Marseille en 1347 : mémoire et inflammation de l’imaginaire « Les gestes de la peste, comme ceux de la peur et de la douleur en général, délivrent une mémoire dont nous avons perdu le souvenir » (Georges Didi-Huberman, Memorandum de la peste, 1983) Ecrire dans un théâtre dépeuplé : récit d’une coïncidence différée Une survivance chorale : « Mais à la peste il faut bien un narrateur, un qui puisse, qui ose dire mes yeux ont tout vu, il faut bien, tâche lourde ou non, un arpenteur du désastre, un mélancolique, un dont la maladie différait un peu des autres, maladie à la mort, non maladie mortelle, encore. Un qui pressent qu’il n’arrive pas à mourir » (Georges Didi-Huberman) La peste comme fête collective et comme cité assiégée : Jean Delumeau, La Peur en Occident (XIVe-XVIIIe siècles), 1978 Une « rupture inhumaine » dans l’ordre ordinaire des jours La persistance historiographique de « l’âpre saveur de la vie » (Elodie Lecuppre-Desjardins dir., L’odeur du sang et des roses. Relire Johan Huizinga aujourd’hui, 2019) Histoire des mentalités, médecine et psychologie des foules : la « dissolution de l’homme moyen » (Paul Fréour, « Réactions des populations atteintes par une grande épidémie », Revue de psychologie des peuples, 1960) Les traits anthropologiques fondamentaux d’une « société de peste » « Le Journal de la peste de Daniel Defoe — notre meilleur document sur une peste bien qu’il s’agisse d’un roman — est rempli de scènes hallucinantes et d’anecdotes bouleversantes » (Jean Delumeau) « l’homérique bataille de l’explosion et du colmatage, de la déliquescence et du durcissement, du désordre fou et de l’acharnée volonté de mise en ordre » (Bernard Chartreux, Dernières nouvelles de la Peste, 1984) Fiction littéraire de la fête chez Jean Delumeau, fiction politique de la peste chez Michel Foucault « Voici, selon un règlement de la peste de la fin du XVIIe siècle, les mesures qu’il fallait prendre quand la peste se déclarait dans une ville » (Surveiller et punir, 1975) Visible dans l’archive et rendant l’archive lisible : le paradigme foucaldien, entre singularité et exemplarité A Marseille en 1720, société de surveillance et « expériences ordinaires de la peste » (Fleur Beauvieux) De 1347 à 1722, la deuxième pandémie de peste : à l’ombre du paradigme La fondation paradoxale des années 1975-1985 : savoirs historiens, indistinction chronologique et hantise théâtrale « Evidemment que c’est la peste. En voici les dernières nouvelles, on n’est jamais trop prudent. La peste donc, mais d’abord une peste, peu importe laquelle… » (Bernard Chartreux) Théâtre de la contagion et récit épidémique : trois actes et un patient zéro Charles Rosenberg, « What Is an Epidemic ? AIDS in Historical Perspective », Daedalus, 1989 Le troisième acte ouvre seulement la possibilité de la fin de l’épidémie : ça finit quand, vraiment ?
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