05 - Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains)

Collège de France (Histoire)

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05 - Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains)

Collège de France (Histoire)

Dario Mantovani Droit, culture et société de la Rome antique Collège de France Année 2018-2019 Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains Observer Rome au prisme de son droit : c’est l’objectif de l’enseignement de « Droit, culture et société », institué pour la première fois au Collège de France et confié à Dario Mantovani. Tout droit constitue une technique pour donner une forme à la société, mais une technique qui à son tour prend sa forme de la société. Cela vaut tout particulièrement pour Rome, où – au-delà de la législation – le rôle des juristes a été fondamental. Personnes privées, légitimées en premier lieu par leurs compétences, ils offraient leur conseil désintéressé à leurs concitoyens, en en retirant du prestige social. Le droit a ainsi évolué sous la forme d’un débat, d’un grand discours collectif, dans lequel chaque juriste pouvait faire entendre sa voix, s’il avait les bons arguments. Une rhétorique sans ruse, guidée par des valeurs communes, dans laquelle le droit n’est pas seulement ordonnancement, mais aussi raisonnement. Un discours qui s’est même transformé en une littérature, dont la beauté vient de sa densité, de la précision du langage, du rythme où résonne le pas solennel des lois. Une littérature capable de susciter le plaisir de la lecture et qui mérite d’être redécouvert, comme le prouve celui-là même qui fut à l’origine du Collège de France, Guillaume Budé : son commentaire au Digeste (en 1508) a été un exemple éminent du prisme que le droit pouvait constituer pour regarder une société et sa culture (et aussi pour s’interroger sur sa propre époque). En effet, le droit romain, après avoir appartenu à Rome, appartint à l’Europe. Et si l’enseignement de Dario Mantovani s’intéresse surtout au moment antique du droit de Rome, il ne perd pas de vue la traversée des époques. À partir du XIe siècle, le Corpus Iuris Civilis, un recueil de textes juridiques romains que l’empereur Justinien avait fait compiler entre 528 et 534 apr. J.-C., a constitué le cœur de l’enseignement universitaire. Attirés par ce rappel intellectuel, tout d’abord en Italie puis dans la majeure partie de l’Europe actuelle, des générations d’étudiants se sont formés à la lecture exigeante et passionnante de ces textes, à la lumière de nécessités et de questions toujours nouvelles. Devenus ensuite avocats, juges ou fonctionnaires, ils portèrent, réélaborèrent et diffusèrent des idées qui ont été fondamentales pour la construction européenne de l’idée de justice et d’État de droit : le droit d’une cité antique devenait ainsi droit commun à l’Occident. Cette chaire s’ouvrira à une intense collaboration transdisciplinaire, pour replacer l'étude du droit romain là où il peut contribuer à éclaircir l'histoire de Rome et de son empire, et la façon dont cette technique a nourri l'imaginaire institutionnel de l'Occident.
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Dario Mantovani Droit, culture et société de la Rome antique Collège de France Année 2018-2019 Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains Observer Rome au prisme de son droit : c’est l’objectif de l’enseignement de « Droit, culture et société », institué pour la première fois au Collège de France et confié à Dario Mantovani. Tout droit constitue une technique pour donner une forme à la société, mais une technique qui à son tour prend sa forme de la société. Cela vaut tout particulièrement pour Rome, où – au-delà de la législation – le rôle des juristes a été fondamental. Personnes privées, légitimées en premier lieu par leurs compétences, ils offraient leur conseil désintéressé à leurs concitoyens, en en retirant du prestige social. Le droit a ainsi évolué sous la forme d’un débat, d’un grand discours collectif, dans lequel chaque juriste pouvait faire entendre sa voix, s’il avait les bons arguments. Une rhétorique sans ruse, guidée par des valeurs communes, dans laquelle le droit n’est pas seulement ordonnancement, mais aussi raisonnement. Un discours qui s’est même transformé en une littérature, dont la beauté vient de sa densité, de la précision du langage, du rythme où résonne le pas solennel des lois. Une littérature capable de susciter le plaisir de la lecture et qui mérite d’être redécouvert, comme le prouve celui-là même qui fut à l’origine du Collège de France, Guillaume Budé : son commentaire au Digeste (en 1508) a été un exemple éminent du prisme que le droit pouvait constituer pour regarder une société et sa culture (et aussi pour s’interroger sur sa propre époque). En effet, le droit romain, après avoir appartenu à Rome, appartint à l’Europe. Et si l’enseignement de Dario Mantovani s’intéresse surtout au moment antique du droit de Rome, il ne perd pas de vue la traversée des époques. À partir du XIe siècle, le Corpus Iuris Civilis, un recueil de textes juridiques romains que l’empereur Justinien avait fait compiler entre 528 et 534 apr. J.-C., a constitué le cœur de l’enseignement universitaire. Attirés par ce rappel intellectuel, tout d’abord en Italie puis dans la majeure partie de l’Europe actuelle, des générations d’étudiants se sont formés à la lecture exigeante et passionnante de ces textes, à la lumière de nécessités et de questions toujours nouvelles. Devenus ensuite avocats, juges ou fonctionnaires, ils portèrent, réélaborèrent et diffusèrent des idées qui ont été fondamentales pour la construction européenne de l’idée de justice et d’État de droit : le droit d’une cité antique devenait ainsi droit commun à l’Occident. Cette chaire s’ouvrira à une intense collaboration transdisciplinaire, pour replacer l'étude du droit romain là où il peut contribuer à éclaircir l'histoire de Rome et de son empire, et la façon dont cette technique a nourri l'imaginaire institutionnel de l'Occident.
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