06 - Fictions politiques (2) : nouvelles de la tyrannie

Collège de France (Histoire)

0:00
64:11
10
10

06 - Fictions politiques (2) : nouvelles de la tyrannie

Collège de France (Histoire)

Patrice Boucheron Collège de France Année 2017-2018 Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle Fictions politiques (2) : nouvelles de la tyrannie « La fresque est tombée en cet endroit et je ne serais qu’un plat romancier […] si j’entreprenais d’y suppléer » (Stendhal, La vie d’Henry Brulard) Le « Triomphe de la mort » du Camposanto de Pise, « leçon de ténèbres » Buffalmacco, l’auteur retrouvé : un personnage avant d’être un créateur (Luciano Bellosi) De l’art de convertir un déclassement en « fronde expressionniste » (Enrico Castelnuovo et Carlo Ginzburg, « Domination symbolique et géographie artistique dans l’histoire de l’art italien », Actes de la recherche en science sociale, 1981) « Traverser l’effroi », à rebours : on n’y voit moins le « sentiment de culpabilité » d’après 1348 (Millard Meiss) que « l’inculpation généralisée » (Pierre Legendre) Le royaume de Satan et l’Enfer de Dante : quand la justice des hommes anticipe le Jugement dernier (Jérôme Baschet, Les justices de l’au-delà, Rome, 1993) Trois contemporains, Buffalmacco, Lorenzetti et Villani : la timor et « L’angoscia delle repubbliche » (Andrea Zorzi) Le seigneur est mortel, la seigneurie n’est ni certaine, ni fatale, ni définitive : Castruccio Castacani parmi les beaux jeunes gens frappés par la faucheuse Mémoire fictionnelle, oubli historique : quand un souvenir se substitue à un autre Buffalmacco et Bruno, « compagnons inséparables » (Décameron, VIII, 9) contre Calandrino « bonhomme simplet et fantasque (Décameron, VIII, 3) « Buonamico, fils de Cristofano, dit Buffalmacco, peintre florentin, élève d’Andrea Tafi, doit au Décameron de Boccace sa célébrité de bon plaisant » (Giorgio Vasari, Le Vite…, 1568) Vasari novelliere et Vincenzo Borghini : « d’après ce que nous en dit Franco Sacchetti » Guido Tarlati et son singe : l’imitateur imité, l’inversion des signes Le Massacre des innocents de Buffalmacco, ou la transsubstantiation par la peinture (Norman Land, Renaissance Quaterly, 2005) Lire les Vite de Vasari comme un texte littéraire pour restaurer sa capacité de description sociale (Paul Barolsky, Why Mona Lisa Smiles and Other Tales by Vasari, 1993) Déplacer l’enquête vers l’individuation et la sociologie implicite (Jacques Dubois, Le roman de Gilberte Swann. Proust sociologue paradoxal, 2018) L’exercice des métiers dans la novellistica : l’ouvrier Agnolo chez Sacchetti et le briquetier Grillo chez Sercambi Une burla de Buffalmacco : le peintre et ses voisins bruyants dans le Trecentonovelle « Buonamicco était peintre à son compte et désireux de dormir ou de veiller en choisissant son temps, car il entendait exercer son art, maintenant qu’il était son propre maître, autrement que quand il était disciple, sous les ordres d’autrui » L’oisiveté créatrice de Léonard de Vinci d’après les Novelle de Matteo Bandello Giotto beffatore : « Pour sûr, je vais lui faire des armes à ma façon » (Sacchetti, nouvelle 63) Le peintre, le juge, l’orage : un lessivage des apparences (Décameron, VI, 5) « Il novelliere “en artiste” » (Marcello Ciccuto) : rendre visible la vérité par le récit ordonné d’une storia La Novella del Grasso Legnaiuolo, ou la brigata des artistes Qui est le Gros ? La consistance historique d’une réussite fictionnelle La folie du Grasso et le triomphe de Brunelleschi « Tu désires, Girolamo, être informé sur le Filippo qui fit cette farce à Grasso, parce que tu l’admires tellement quand je te dis que c’est une histoire vraie » : Antonio Manetti et la biographie de Brunelleschi (1485) Quand la fable littéraire vient garantir le régime de véridicité d’une Vita : « afin que tu lises la nouvelle comme un récit véridique et non comme un de ces contes qui pullulent » Nouvelles de la tyrannie : « Le sujet idéal de la domination totalitaire n’est ni le nazi convaincu ni le communiste convaincu, mais les gens pour qui la distinction entre fait et fiction (c’est-à-dire la réalité de l’expérience) et la distinction entre vrai et faux (c’est-à-dire les normes de la pensée) n’existent plus » (Hannah Arendt, Le système totalitaire, 1951).
Episodes
Date
Duration
Recommended episodes :

Leçon inaugurale - Europa : le mythe comme métaphore - VIDEO

Collège de France (Histoire)

Leçon inaugurale - Europa : le mythe comme métaphore

Collège de France (Histoire)

09 : Histoire mondiale du Louvre - VIDEO

Collège de France (Histoire)

The podcast Collège de France (Histoire) has been added to your home screen.

Patrice Boucheron Collège de France Année 2017-2018 Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle Fictions politiques (2) : nouvelles de la tyrannie « La fresque est tombée en cet endroit et je ne serais qu’un plat romancier […] si j’entreprenais d’y suppléer » (Stendhal, La vie d’Henry Brulard) Le « Triomphe de la mort » du Camposanto de Pise, « leçon de ténèbres » Buffalmacco, l’auteur retrouvé : un personnage avant d’être un créateur (Luciano Bellosi) De l’art de convertir un déclassement en « fronde expressionniste » (Enrico Castelnuovo et Carlo Ginzburg, « Domination symbolique et géographie artistique dans l’histoire de l’art italien », Actes de la recherche en science sociale, 1981) « Traverser l’effroi », à rebours : on n’y voit moins le « sentiment de culpabilité » d’après 1348 (Millard Meiss) que « l’inculpation généralisée » (Pierre Legendre) Le royaume de Satan et l’Enfer de Dante : quand la justice des hommes anticipe le Jugement dernier (Jérôme Baschet, Les justices de l’au-delà, Rome, 1993) Trois contemporains, Buffalmacco, Lorenzetti et Villani : la timor et « L’angoscia delle repubbliche » (Andrea Zorzi) Le seigneur est mortel, la seigneurie n’est ni certaine, ni fatale, ni définitive : Castruccio Castacani parmi les beaux jeunes gens frappés par la faucheuse Mémoire fictionnelle, oubli historique : quand un souvenir se substitue à un autre Buffalmacco et Bruno, « compagnons inséparables » (Décameron, VIII, 9) contre Calandrino « bonhomme simplet et fantasque (Décameron, VIII, 3) « Buonamico, fils de Cristofano, dit Buffalmacco, peintre florentin, élève d’Andrea Tafi, doit au Décameron de Boccace sa célébrité de bon plaisant » (Giorgio Vasari, Le Vite…, 1568) Vasari novelliere et Vincenzo Borghini : « d’après ce que nous en dit Franco Sacchetti » Guido Tarlati et son singe : l’imitateur imité, l’inversion des signes Le Massacre des innocents de Buffalmacco, ou la transsubstantiation par la peinture (Norman Land, Renaissance Quaterly, 2005) Lire les Vite de Vasari comme un texte littéraire pour restaurer sa capacité de description sociale (Paul Barolsky, Why Mona Lisa Smiles and Other Tales by Vasari, 1993) Déplacer l’enquête vers l’individuation et la sociologie implicite (Jacques Dubois, Le roman de Gilberte Swann. Proust sociologue paradoxal, 2018) L’exercice des métiers dans la novellistica : l’ouvrier Agnolo chez Sacchetti et le briquetier Grillo chez Sercambi Une burla de Buffalmacco : le peintre et ses voisins bruyants dans le Trecentonovelle « Buonamicco était peintre à son compte et désireux de dormir ou de veiller en choisissant son temps, car il entendait exercer son art, maintenant qu’il était son propre maître, autrement que quand il était disciple, sous les ordres d’autrui » L’oisiveté créatrice de Léonard de Vinci d’après les Novelle de Matteo Bandello Giotto beffatore : « Pour sûr, je vais lui faire des armes à ma façon » (Sacchetti, nouvelle 63) Le peintre, le juge, l’orage : un lessivage des apparences (Décameron, VI, 5) « Il novelliere “en artiste” » (Marcello Ciccuto) : rendre visible la vérité par le récit ordonné d’une storia La Novella del Grasso Legnaiuolo, ou la brigata des artistes Qui est le Gros ? La consistance historique d’une réussite fictionnelle La folie du Grasso et le triomphe de Brunelleschi « Tu désires, Girolamo, être informé sur le Filippo qui fit cette farce à Grasso, parce que tu l’admires tellement quand je te dis que c’est une histoire vraie » : Antonio Manetti et la biographie de Brunelleschi (1485) Quand la fable littéraire vient garantir le régime de véridicité d’une Vita : « afin que tu lises la nouvelle comme un récit véridique et non comme un de ces contes qui pullulent » Nouvelles de la tyrannie : « Le sujet idéal de la domination totalitaire n’est ni le nazi convaincu ni le communiste convaincu, mais les gens pour qui la distinction entre fait et fiction (c’est-à-dire la réalité de l’expérience) et la distinction entre vrai et faux (c’est-à-dire les normes de la pensée) n’existent plus » (Hannah Arendt, Le système totalitaire, 1951).
Subscribe Install Share
Collège de France (Histoire)

Thank you for your subscription

For a better experience, also consider installing the application.

Install